My mother is a stranger (and I love her)

En prenant comme point de départ la figure maternelle, ‘Ma mère est une étrangère’ embrasse une fêlure dans l’histoire familiale à travers l’exploitation de ses archives et le questionnement du rapport au passé parental et aux origines.
En quête de réponses sur ma propre identité, j’ai fouillé les boîtes à albums à l’abri des regards. Derrière les sourires et les regards frontaux, force est de constater que les visages, photographiés à différentes périodes de leur vie, n’offrait qu’un portrait partiel de mes parents, un portrait de vies grignoté par le vide narratif. L’exploration de ces photos a débouché sur une enquête aux croisements des frontières qui interroge le potentiel de l’album photo en tant qu’espace d’élucidation et révélateur de vérités.
Il y a trois ans, en voyant ma mère cuisiner, j’ai eu envie de détourner des éléments familiers qui figuraient dans ses habitudes : du papier de boucherie arabe et du film alimentaire, dont je me suis servie pour emballer des images de membres de la famille vivants en Algérie dont je ne connaissais pas beaucoup plus que les visages. Désir de conservation ou étouffement d’une réalité refoulée, le choix de ces enveloppes participait d’une intuition à laquelle je voulais donner corps. Au- delà de sa similitude avec la pellicule transparente qui recouvre les photos dans les traditionnels albums de famille, il a été orienté par la redécouverte de tirages de portraits d’enfance que mes parents ont préservé de la poussière avec une feuille de plastique usagée. Inconsciemment, j’avais intégré cette économie de moyens dans mes images, en les recouvrant à mon tour, donnant ainsi naissance à un millefeuille familial dépersonnalisé.
L’utilisation du miroir et la participation de mes parents dans des mises en scène sont venus compléter une démarche qui soulève la question du caractère protéiforme de l’identité au fil des âges. Ces mises en abîme de portraits fracturés m’ont permis de prendre le pouls identitaire de proches à un stade où leur vie ne m’échappait pas.
Leur implication dans le processus créatif joue un rôle réparateur et vient entraver la logique de l’effritement des liens en nouant un fil entre nos chairs livrées à un devenir empreint d’incertitudes. 
Du noyau le plus proche au groupe plus lointain, ce témoignage invite à sonder la méconnaissance de l’autre et de soi au sein d’une même unité et rappelle la nécessité d’absorber cette étrangeté.
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